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«Gouverner, c’est mettre vos sujets hors d’état de vous nuire et même d’y penser.»

 

Nicolas machiavel

 

 

Voici une citation tirée d’un ouvrage assez célèbre, offert à Laurent de Médicis et destiné à l’éducation du prince. C’est évidemment du Prince de Nicolas Machiavel que je me réfère, réputé comme étant plus grand traité de stratégie depuis l’Art de la Guerre de Sun Tzu.

Ce livre fut qualifié par Frédéric de Prusse comme « un livre abominable »; si l’on suit la pensée de l’auteur, le prince n’est pas tenu d’être moral puisque le peuple ne l’est pas lui-même.

D’autres ont émis des critiques antagoniques, pensant que l’auteur fut injustement vilipendé dans sa tentative de réaliser un authentique traité politique qui ne fait que dépeindre les mécanismes du pouvoir.

De fait, Raymond Aron aurait défini le machiavélisme comme étant « l’effort pour percer à jour les hypocrisies de la comédie sociale, pour dégager les sentiments qui font véritablement mouvoir les hommes, pour saisir les conflits authentiques qui constituent la texture du devenir historique, pour donner une vision dépouillée de toute illusion de ce qu’est réellement la société ».

Machiavel théorise sa pensée, l’illustre par des exemples (Alexandre le Grand, César Borgia, Louis XII) puis l’approfondi par des annotations.

Le livre reste très accessible aux profanes, d’autant que Machiavel nous donne ici quelques des leçons très utile de social-proofing.

Disponible ici ou

Extrait :

Chapitre XXI

Comment doit se conduire un prince pour acquérir de la réputation

[…] On estime aussi un prince qui se montre franchement ami ou ennemi, c’est-à-dire qui sait se déclarer ouvertement et sans réserve pour ou contre quelqu’un ; ce qui est toujours un parti plus utile à prendre que de demeurer neutre.

En effet, quand deux puissances qui vous sont voisines en viennent aux mains, il arrive de deux choses l’une : elles sont ou elles ne sont pas telles que ‘vous ayez quelque chose à craindre de la part de celle qui demeurera victorieuse. Or, dans l’une et l’autre hypothèse, il vous sera utile de vous être déclaré ouvertement et d’avoir fait franchement la guerre. En voici les raisons.

Dans le premier cas : ne vous êtes-vous point déclaré, vous demeurez la proie de la puissance victorieuse, et cela à la satisfaction et au contentement de la puissance vaincue, qui ne sera engagée par aucun motif à vous défendre ni même à vous donner asile. La première, effectivement, ne peut pas vouloir d’un ami suspect, qui ne sait pas l’aider au besoin ; et, quant à la seconde, pourquoi vous accueillerait-elle, vous qui aviez refusé de prendre les armes en sa faveur et de courir sa fortune?

Chapitre XXII

Des secrétaires des princes

Ce n’est pas une chose de peu d’importance pour un prince que le choix de ses ministres, qui sont bons ou mauvais selon qu’il est plus ou moins sage lui-même. Aussi, quand on veut apprécier sa capacité, c’est d’abord par les personnes qui l’entourent que l’on en juge. Si elles sont habiles et fidèles, on présume toujours qu’il est sage lui-même, puisqu’il a su discerner leur habileté et s’assurer de leur fidélité ; mais on en pense tout autrement si ces personnes ne sont point telles; et le choix qu’il en a fait ayant dû être sa première opération, l’erreur qu’il y a commise est d’un très fâcheux augure […] On peut distinguer trois ordres d’esprit, savoir : ceux qui comprennent par eux-mêmes, ceux qui comprennent lorsque d’autres leur démontrent, et ceux enfin qui ne comprennent ni par eux-mêmes, ni par le secours d’autrui. Les premiers sont les esprits supérieurs, les seconds les bons esprits, les troisièmes les esprits nuls.

Chapitre XXIII

Comment on doit fuir les flatteurs

Je ne négligerai point de parler d’un article important, et d’une erreur dont il est très difficile aux princes de se défendre, s’ils ne sont doués d’une grande prudence, et s’ils n’ont l’art de faire de bons choix ; il s’agit des flatteurs, dont les cours sont toujours remplies.

Si, d’un côté, les princes aveuglés par l’amour-propre ont peine à ne pas se laisser corrompre par cette peste, de l’autre, ils courent un danger en la fuyant : c’est celui de tomber dans le mépris. Ils n’ont effectivement qu’un bon moyen de se prémunir contre la flatterie, c’est de faire bien comprendre qu’on ne peut leur déplaire en leur disant la vérité : or, si toute personne peut dire librement à un prince ce qu’elle croit vrai, il cesse bientôt d’être respecté.